Films cultes #1 : « Into the wild », une mise au vert radicale

A l’instar des livres de chevet, il y a des films que l’on visionne toute sa vie. Un film permet de plonger dans un univers qui fait écho à ses valeurs. « Into the wild » de Sean Penn fait partie de ces films qui m’ont touchée et qui représentent une quête d’absolu.

Vers l’inconnu… « Au cœur du sauvage »

into-the-wild-_-marcheVéritable plaidoyer pour la nature, ce film de Sean Penn évoque une histoire vraie datant de 1990. Celle d’un jeune homme aux USA, fils de bonne famille, qui décide après de brillantes études de renoncer à une vie toute tracée. Une rupture définitive qui le conduit à détruire ses papiers d’identité, à donner tout l’argent qu’il possède à des œuvres caritatives ou même à le brûler. Son but : retrouver la nature dans ce qu’elle a d’irréductible, de plus sauvage. C’est pourquoi, l’Alaska avec ses espaces encore vierges le tente. Voilà comment se mettre au vert de façon radicale ! Le film s’annonce par bribes, entre le présent du jeune homme cherchant à se réaliser et des flash-backs sur sa vie avant cette décision irrévocable. Et comme si cette conscience était le point zéro de sa vraie naissance au monde, il entame un journal intime qui consigne ses expériences et les sentiments qu’il en éprouve. Il se donne même un nouveau patronyme, Alexander « Supertramp » (= « Super clochard »), comme pour relativiser cette marque du monde civilisé en la tournant en dérision. Le film relate son errance durant deux ans au fil de rencontres avec toute une galerie de personnages attachants, avant d’atteindre l’Alaska, but ultime de sa quête. C’est un bus abandonné au milieu des neiges qui lui servira de foyer autour duquel exprimer le sens de sa liberté.

Du paysage naturel…au paysage intérieur

into-the-wild-_-wildTout au long du film, les grands espaces nous transportent. L’image d’une nature encore sauvage y est continuellement présente et révèle une Amérique à laquelle nous sommes peu habitués. Une Amérique grandiose, superbe, riche de sa nature infiniment variée. L’image est étayée par des chansons douces, harmonieuses et mélancoliques, aux messages évocateurs de la nostalgie de l’homme né autrefois au cœur d’une nature définitivement perdue. En marge de sa nouvelle confrontation au réel, « Supertramp » se nourrit et crée son éthique à partir d’ouvrages d’écrivains dont la plume a pu servir leur révolte en leur temps contre la société. Ils apparaissent comme ses mentors, à savoir le tout dernier viatique issu de son éducation, favorable à son apprentissage de la vie. Citons entre autres : Thoreau, Tolstoï, Wallace Stegner. Car si ce film est un plaidoyer pour la nature, il est par effet opposé un réquisitoire contre notre civilisation, cela va sans dire.

Une quête de soi et d’absolu

into-the-wild-_aloneUne autre lecture du film s’impose cependant : la quête de soi. Car cette quête vers la nature en est non seulement le cadre mais avant tout le prétexte. Pour le héros, l’épreuve contraignante qu’il s’est imposée est une façon de s’éprouver soi-même en testant ses propres limites. Et la nature offre cette planche de salut face au chaos des villes qui organisent notre vie, en vérité la circonscrivent et la contrôlent en laissant leurs marques chaotiques au plus profond de nous-mêmes. Les villes concentrent les images, les codes et les tics de la culture ultra libérale qui a évolué au détriment d’une nature que l’on commence à admirer peu à peu comme à travers les vitres d’un gigantesque musée. Combien se voient prêts à vivre dans une nature totale, en s’y confrontant au quotidien selon ses lois ? La réponse est à la fin du film… Une photo du vrai protagoniste de cette quête aventureuse près du fameux bus, prise par lui-même, apparaît en guise d’épilogue. Elle y fut retrouvée avec son journal intime. Vercors écrivait combien nous sommes des animaux dénaturés. Un écrivain qu’Alexander « Supertramp », s’il ne l’avait déjà lu, aurait eu certainement plaisir à connaître.

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